J-B Stockes - Band of brothers - ''E'' Company

En mémoire de J.B. Stockes, ancien de la Easy Company, 506 th regiment PIR, 101ème airborne. Né le 2 Septembre 1922 à Leonard, Fannin County, Texas. Décédé le 24 Fevrier 2013, Azle, Tarrant County, Texas.

En mémoire également de Richard Freeman, mon presque père et témoin de mariage, parti trop tôt et qui m’a permis de rencontrer J.B. Stockes…

 

We Stand Alone :

 

Chaque rediffusion des films Le jour le plus long (The Longest Day) où Un Pont trop loin (A bridge too far), ravivent, en ce qui me concerne, des souvenirs chers à mon coeur. Les 6 juin de mon enfance, synonymes de fêtes organisées par mon grand-père, ex-déporté en Prusse Orientale,  avec les expatriés français vivant à Agboville, en Côte d’Ivoire. Les vacances d’été à Saint-Germain-sur-Ay, dans la Manche, bondissant de joie à chaque fois que, adolescents, j’exhumais des dunes des vestiges rouillés contemporains du débarquement. 

Je n’oublierais jamais les colères de ma mère qui ne comprenait pas que je passe le plus clair de mon temps à lire tout ce que la bibliothèque municipale de Carteret, toujours dans la Manche, contenait sur le sujet au lieu d’aller à la plage.

Des souvenirs enfouis jusqu’à ce qu’un demi siècle plus tard, Richard me permette de faire la connaissance de J.B. Stockes, ancien de la célèbre 101 ème airborne, désormais retiré dans une maison de retraite de son Texas natal.

Employé de la ville d’Azle, près de Fort-Worth après sa démobilisation, il a travaillé pendant près de 50 ans au service des eaux de la ville avant de le diriger. Il s’est lié d’amitié avec un autre militaire devenu son adjoint, Richard Lee Freeman. Plus jeune que J.B., ce dernier n’avait pas participé au débarquement allié mais était passé par l’Allemagne, la Corée et l’Europe avant d’épouser Micheline, une française rencontrée lors de son séjour en France.

A quelques années d’intervalle, en 1990 pour J.B. et 1998 pour Richard, les deux hommes sont partis en retraite, ce dernier rendant souvent visite à son vieux copain désormais en maison de retraite.

Richard, mon presque père devenu mon témoin de mariage, n’avais jamais évoqué le passé militaire de J.B. Stockes. C’est lors d’une de nos visites à son pote J.B. que ce dernier m’avait confié, sans se départir de son sourire, en quelles circonstances il avait été amené à fouler les plages du Cotentin, le 6 juin 1944, puis les longs mois de combat qui avaient suivi.

Pour J.B., ces 11 mois de combats en Europe n’avaient été qu’une incroyable et horrible partie de l’histoire dont il ne tirait aucune gloire : we just did the job, me répondait-il à chaque fois que je lui en parlais, tentant d’en savoir plus. Il m’a fallu plusieurs visites étalées sur plusieurs années pour que l’intérêt du français passionné que j’étais vienne à bout de sa pudeur à évoquer cette période et qu’il accepte de puiser dans ses souvenirs… 

J-B Stokes avait intégré la E (Easy) Company, 506 th regiment PIR (Parachute infantry regiment), 101ème airborne, lorsque cette dernière avait été constituée lors du très chaud été 1942, dans le camp de Toccoa, en Géorgie. En mentant sur son âge, car il n'avait que 17 ans. 

En septembre 1943, le commandant du régiment, le colonel Robert F. Sink, apprenait dans le Reader’s Digest que les japonais avaient battu un record de marche. Convaincu que ses boys pouvait mieux faire, il entrainait le 2ème bataillon sous ses ordres pour battre le record de marche forcée des japonais : 115 miles (185 km) en 72 heures sous le soleil, la pluie, la neige et la glace. Les soldats se relayaient toutes les cinquante minutes pour porter les 18,5 kilos de la mitrailleuse ‘’30 cal’’ sur leurs épaules avant de la passer à un autre. 

Moins de deux ans plus tard, J.B. et les gars de la Easy Company se retrouvaient en train de survoler la Manche à l’aube de ce 6 juin 1944. En approchant de l'objectif, J.B. a pensé pendant quelques secondes qu’il était plus chanceux que ses 16 camardes de la D Company commandée par le Lt. Thomas Meehan qu’il avait vus périr dans le crash de leur C47 touché par la flak allemande. 

Sauf que le largueur de l’avion dans lequel il se trouvait, se trompant de zone, c’est au dessus de Sainte-Mère-Eglise qu'ils avaient sauté. Suspendu à son parachute, J.B. avaient entendu ses camarades hurler, hachés par les balles des allemands qui les tiraient comme des lapins avant même qu’ils ne touchent le sol. C’est une autre rafale, de vent celle-là, qui allait le sauver. J.B. atterrissait entre les tombes du cimetière et se débarrassait de son parachute. Il attendait le lever du jour pour progresser et rejoignait des membres de la 82 ème qui nettoyaient la zone.

J.B. Stokes allait alors participer à de durs combats jusqu’au 23 juin en Normandie avant d’être rapatrié quelques semaines en Ecosse. Il sera renvoyé au front avec son unité et vivra ce qu’il qualifiait d’enfer en raison du froid surtout auquel, en américain du sud, il n’était pas préparé. La campagne de Belgique, puis celle de Hollande conduisit les Alliés, au lendemain de leur victoire en Normandie, à foncer tête baissée dans le piège d’une bataille perdue d’avance pour la prise du pont d’Arnhem : Market Garden. Conçue en septembre 1944 par le maréchal britannique Montgomery, elle était restée pour J-B l’exemple parfait du schéma tactique à ne pas suivre parce que certain d’aboutir à une défaite. 

Un douloureux souvenir pour J.B. qui en avait conservé une profonde aversion pour les militaires anglais qui avaient stoppé leur avance, buvant tranquillement leur thé alors que les américains se faisaient massacrer à Arnheim. Une scène célèbre immortalisée  dans un Un Pont Trop Loin. 

J.B. Stokes participera ensuite aux 5 campagnes que la Esay mènera, terminant par la prise du QG d’Hitler à Berchtesgaden le 5 mai 1945.

C’est ensuite la démobilisation et le retour à la vie civile dans son village de Bonham, dans son Texas natal. Il épouse Ola Mae Trotter le Décembre 1945, celle qu’il avait embrassée juste avant son départ. Quatre enfants naissent tandis qu’il tire un trait sur ses faits et compagnons d’arme. Il confie à très peu les horreurs qu’il a vues ou vécues : les prisonniers de camps de concentrations libérés et à qui ils avaient donné tout ce qu’ils avaient à manger. Ces adolescents allemands enlevés à leurs familles dès 12 ans pour être formatés au sein des jeunesses hitlériennes et qui restaient ébahis, constatant que les libérateurs de l’Europe ne les massacraient pas et les nourrissaient, contrairement à ce qu’il leur avait été rabâché.

Pour lui, tout cela n’avait été qu’une incroyable et horrible partie de l’histoire dont il n’y avait aucune gloire à tirer. 

Aussi était-il aussi étonné que réticent à m’en parler. Il vivra ensuite mal d’être  approché par les émissaires de Stephen Ambrose désireux de retracer la vie de la Easy Company. Avant d’accepter de se replonger dans ses souvenirs, acceptant à contre-coeur de parler devant la caméra pour le making off du film, We Stand Alone, avant d’évoquer sans retenue ses compagnons de combat et leur vraie guerre. Une poignée d’entre eux seront ensuite amenés en avion par la production pour la sortie française de la série en 2001. J.B. et son épouse sont du voyage. C’est Richard, notre ami commun, qui les amène à l’aéroport de Dallas-Fort-Worth. Une soirée à Paris pour la première sur les Champs-Elysées, une nuit dans un palace entourés d’infirmières avant que, le lendemain matin, on les emmène pour quelques heures en Normandie. 

Un voyage trop court pour J.B., qui restera sur sa soif de revoir ces endroits de souffrance et de mort.

Aussi, lorsque Richard Freeman lui annonce en 2008 qu’il va, avec Mimi, son épouse, nous rejoindre pour faire les plages du débarquement pendant quelques jours, J.B., souffrant, décline l’offre de les accompagner mais demande que Richard soit ses yeux et lui ramène photos et documents sur son débarquement et les villes traversées autrefois sous la mitraille. Une promesse honorée au delà de ses espérances puisque j’avais à l’époque fait un livre photo que Richard avait pu lui offrir en remerciement du sacrifice que lui et des milliers de ses camarades avaient consenti pour notre liberté.

Voila les raisons pour lesquelles, à chaque fois que je, revois dans Le jour le plus long, les paras descendre sur Sainte-Mère-Eglise se faire hacher menu, je revois J.B. installé dans le fauteuil de sa chambre à la maison de retraite.  Son éternel sourire amusé devant ce français l’écoutant comme s’il avait fait quelque chose d’extraordinaire. Jusqu’à ma dernière visite lors de laquelle il avait accepté de me dédicacer la photo d’un GI anonyme se trouvant dans le coffret de BOB (Band of Brothers)…

In memory of J.B. Stockes, formerly of the Easy Company, 506 th PIR regiment, 101st airborne. Born September 2, 1922 in Leonard, Fannin County, Texas. Died February 24, 2013, Azle, Tarrant County, Texas.

Also in memory of Richard Freeman, my almost father and marriage witness, who left too early and which allowed me to meet J.B. Stockes ...

 

We Stand Alone:

 

Each replay of the films The Longest Day or Un Pont trop loin (A bridge too far), revive, as far as I am concerned, memories dear to my heart. June 6 of my childhood, synonymous with celebrations organized by my grandfather, ex-deported to East Prussia, with French expatriates living in Agboville, in Ivory Coast. Summer vacation in Saint-Germain-sur-Ay, in the English Channel, leaping for joy every time, as a teenager, I unearthed rusty remains from the dunes from the D-Day landings.

I will never forget the anger of my mother who did not understand that I spend most of my time reading everything that the Carteret municipal library, still in La Manche, contained on the subject instead of going to the beach.

Memories buried until half a century later, Richard allows me to meet J.B. Stockes, formerly of the famous 101st Airborne, now retired in a retirement home in his native Texas.

An employee of the town of Azle, near Fort-Worth after his demobilization, he worked for nearly 50 years in the city’s water department before heading it. He befriended another soldier who became his deputy, Richard Lee Freeman. Younger than J.B., the latter had not taken part in the Allied landings but had passed through Germany, Korea and Europe before marrying Micheline, a French woman he met during her stay in France.

A few years apart, in 1990 for J.B. and 1998 for Richard, the two men retired, the latter often visiting his old friend now in a retirement home.

Richard, my almost father who became my marriage witness, had never mentioned the military past of J.B. Stockes. It was during one of our visits to his friend JB that the latter confided to me, without losing his smile, under what circumstances he had been brought to tread the beaches of Cotentin, on June 6, 1944, then long months of fighting that followed.

For JB, these 11 months of fighting in Europe had only been an incredible and horrible part of the story from which he did not derive any glory: we just did the job, he replied every time I spoke to him about it. , trying to find out more. It took me several visits over several years for the passionate French interest that I was to overcome his modesty in talking about this period and for him to agree to draw on his memories ...

J-B Stokes had joined the E (Easy) Company, 506 th regiment PIR (Parachute infantry regiment), 101st airborne, when the latter had been formed during the very hot summer of 1942, in the Toccoa camp, in Georgia. By lying about his age, because he was only 17.

In September 1943, the regimental commander, Colonel Robert F. Sink, learned in Reader’s Digest that the Japanese had broken a marching record. Convinced that his boys could do better, he trained the 2nd battalion under his command to beat the Japanese forced march record: 115 miles (185 km) in 72 hours under sun, rain, snow and ice. The soldiers took turns carrying the 18.5 kilograms of the "30 cal" machine gun on their shoulders every fifty minutes before passing it on to another.

Less than two years later, JB and the guys from the Easy Company found themselves flying over the English Channel at dawn on June 6, 1944. As they approached the objective, JB thought for a few seconds that he was luckier than his 16 comrades of the D Company commanded by Lt. Thomas Meehan whom he had seen perish in the crash of their C47 hit by the German flak.

Except that the drop of the plane he was in, mistaking the area, it was above Sainte-Mère-Eglise that they had jumped. Suspended from his parachute, J.B. had heard his comrades scream, chopped by the German bullets that shot them like rabbits before they even hit the ground. It was another gust of wind that would save him. J.B. landed between the graves in the cemetery and got rid of his parachute. He waited for dawn to progress and joined members of the 82nd who were cleaning the area.

J.B. Stokes would then participate in heavy fighting until June 23 in Normandy before being repatriated for a few weeks in Scotland. He will be sent back to the front with his unit and will experience what he called hell because of the cold, especially for which, as a South American, he was not prepared. The Belgian campaign, then that of Holland led the Allies, 

the day after their victory in Normandy, to plunge headlong into the trap of a losing battle for the capture of the Arnhem Bridge: Market Garden. Designed in September 1944 by British Marshal Montgomery, it remained for J-B the perfect example of the tactical scheme not to be followed because it was certain to end in defeat.

A painful memory for J.B. who had retained a deep aversion to the English soldiers who had stopped their advance, quietly drinking their tea while the Americans were being massacred in Arnheim. A famous scene immortalized in a Un Pont Trop Loin.

J.B. Stokes will then participate in the 5 campaigns that Esay will lead, ending with the capture of Hitler’s HQ in Berchtesgaden on May 5, 1945.

Then it is demobilization and the return to civilian life in his village of Bonham, in his native Texas. He married Ola Mae Trotter on December 1945, the one he had kissed just before his departure. Four children are born as he draws the line on his deeds and comrades in arms. He confides in very few of the horrors he has seen or experienced: the concentration camp prisoners released and to whom they had given all they had to eat. These German teenagers kidnapped from their families at the age of 12 to be formatted in the Hitler Youth and who remained amazed, noting that the liberators of Europe were not massacring them and feeding them, contrary to what had been repeated to them.

For him, it had all been just an incredible and horrifying part of history that there was no glory to be had.

So he was as surprised as he was reluctant to tell me about it. He will then live badly to be approached by the emissaries of Stephen Ambrose eager to retrace the life of the Easy Company. Before agreeing to revisit his memories, reluctantly agreeing to speak in front of the camera for the making off of the film, We Stand Alone, before unabashingly talking about his fellow combatants and their real war. A handful of them will then be flown in by the production for the French release of the series in 2001. J.B. and his wife are traveling. It’s Richard, our mutual friend,, who brings them to the Dallas-Fort-Worth airport. An evening in Paris for the premiere on the Champs-Elysées, a night in a palace surrounded by nurses before, the next morning, they were taken to Normandy for a few hours.

A trip too short for J.B., who will remain thirsty to see these places of suffering and death.

Also, when Richard Freeman announced to him in 2008 that he was going, with Mimi, his wife, to join us to make the landing beaches for a few days, JB, suffering, declined the offer to accompany them but asked that Richard be his eyes. and brings him back photos and documents on his landing and the cities crossed formerly under the grapeshot. A promise honored beyond his expectations since I had at the time made a photo book that Richard was able to offer him in thanks for the sacrifice he and thousands of his comrades had made for our freedom.

These are the reasons why, each time I, in The Longest Day, see the paratroopers descending on Sainte-Mère-Eglise to have them chopped up, I see J.B. installed in the armchair in his room at the retirement home. His eternal amused smile at the Frenchman listening to him as if he had done something extraordinary. Until my last visit when he agreed to autograph the photo of an anonymous GI from the BOB (Band of Brothers) DVD box  ...